Sans-Papiers, ou ma bataille pour partir en vacances (épisode 2)

Episode 2 : Assassins de la Police !

J’arrive assez vite au Commissariat de Police. Contrairement à ce que Boucle d’Or m’a indiqué, il est fermé le midi. Ca ne m’étonne qu’à moitié. Je prends mon mal en patience pendant 20 minutes. A 14h pile, je sors de ma voiture et j’ai la surprise de constater que l’entrée, déserte 2 minutes plus tôt, est maintenant occupée par quelques personnes ayant très probablement surgi des buissons au dernier moment rien que pour m’emmerder.

 Le Commissariat ouvre en retard, les deux personnes avant moi sont expédiées assez vite ; vient mon tour. Le policier de permanence me demande pour quoi je suis là, tout en faisant des allers et retours dans un autre bureau, du genre « vas-y, parle, je t’écoute en préparant le café ». Il se marre et m’annonce qu’il n’est pas compétent pour ça, qu’il faut que j’aille à la Police. Mais j’en viens !!! Il disparaît soudainement pour aller se renseigner. Il revient avec une collègue, pour plus de crédibilité, j’imagine, et ils m’annoncent en chœur que les plaintes sont du ressort de l’Hôtel de Police, qui n’est pas le Commissariat et n’a rien à voir avec la Police Municipale d’où je viens. Comme l’impression de rejouer une scène des Douze Travaux d’Astérix.

Je sors et il se met à pleuvoir. Si j’en crois Hollywood, ça n’est pas de très bon augure. Si j’en crois Laurent Cabrol, ça ne va aller qu’en s’empirant. J’arrive à bon port et, le temps de traverser la rue pour rejoindre la Gendarmerie, je reçois l’équivalent d’une mousson indienne sur la tête.

Là, je tombe sur une file d’une dizaine de personnes serrant tous leur téléphone dans une main et une enveloppe marron dans l’autre ainsi que sur une autre bonne dizaine de personnes munies d’un ticket numéroté parquées dans une espèce de salle d’attente comportant des sièges dépareillés, délimitée par deux paravents. Le mobilier semble sortir tout droit du coin des bonnes affaires Ikea. Pour achever la description de cette scène des plus agréables, ajoutez au tableau des bébés qui pleurent, des enfants qui grimpent partout, des gens qui soufflent d’exaspération. Ca fait plaisir de voir que, comme moi, tout le monde est content d’être là !

Donc si je comprends bien, je fais d’abord la queue à l’accueil pour ensuite avoir le droit de faire la queue sur les sièges Kickeflükke élimés pour éventuellement pouvoir déposer ma plainte avant la fermeture des bureaux. Un panneau « un livre de doléances est disponible à l’accueil » me renseigne sur la manière dont on conçoit le service aux personnes dans ces lieux.

J’attends de longues minutes et mes oreilles trainent de conversation en conversation. C’est dingue comme un commissariat ressemble à une boucherie de quartier question confidentialité des données personnelles. Le pauvre homme au guichet devant moi essaye de déposer une main courante pour violences conjugales dans un vacarme ambiant le forçant à élever la voix. Il recommence son histoire trois fois, rapport au fait que dans toute administration, le téléphone qui sonne prime sur les gens qui ont fait le déplacement. Et personne ne voit où est le problème. « Oui donc il s’agit de ma femme » « Attendez monsieur, un instant. Michel, citoyen volontaire, j’écoute ! Oui. Ha je n’ai pas ce renseignement madame, je vais vous transférer. Oui, merci, au revoir. » « Donc, je disais, ma femme,… » « Allô, ici Michel, citoyen volontaire. Oui. Ah c’est encore vous ? Le transfert n’a pas marché ? Ne quittez pas, je vous retransfère »[…]

Avec toute la bonne volonté du monde, le Michel-citoyen-volontaire a fini par s’en sortir et à « m’accueillir » au guichet. S’ensuit la scène la plus improbable de l’histoire de l’administration française de 1945 à nos jours :

« Bonjour, je viens déposer une plainte pour le vol de mon sac à main contenant mes pièces d’identité »

« Ca s’est passé où et quand ? »

« Hier soir, à Saint Quentin »

« Vous habitez Saint Quentin ? »

« Non, je suis du Pas de Calais »

« Ha ben allez donc déposer plainte dans le Pas de Calais hein »

« Comment dire… J’ai fait tous les bureaux de Police de Saint Quentin, qui m’ont redirigée ici, pas dans le Pas de Calais, alors maintenant que je suis là, j’aimerais bien déposer ma plainte »

« Bon, on va voir, avez-vous une pièce d’identité ? »

« Et bien non, comme je viens de vous le dire, on m’a volé mes pièces d’identité : CNI, permis, et je n’avais pas de passeport. »

« Ha mais oui mais sans preuve de votre identité, aucun de mes collègues ne voudra enregistrer votre plainte ici… Vous auriez une carte avec une photo dessus ? »

« Mais puisque je vous dit qu’on m’a volé mon sac à main ! »

« Bon attendez… Commandant Cruchet ! La dame veut porter plainte mais elle ne peut pas prouver son identité, hein oui qu’on peut pas la prendre sa plainte ? »

Commandant Cruchet « Non, on peut pas la prendre sa plainte à la dame, si on lui a volé ses papiers, il faut qu’elle présente un acte de naissance, qui se récupère dans sa mairie de naissance pour justifier de son identité »

« Mais, je vous dis que je ne suis pas d’ici ! Je suis en déplacement à Saint Quentin, je dois prendre l’avion dans 10 jours, je ne repasse pas par mon lieu de naissance entre deux, il me faut un dépôt de plainte pour avoir une chance de me refaire des papiers d’identité avant mon départ »

« Ha ben oui mais aucun commissariat ne prendra votre plainte sans que vous ne puissiez prouver votre identité »

« Mais il doit bien y avoir un moyen ! [Phrase non prononcée mais pensée très fort] Il se passe quoi si je suis une touriste australienne qui vient de se faire violer à Saint Quentin ? Je rentre chez moi par le premier vol chercher mes papiers puis je refais le trajet dans l’autre sens pour venir porter plainte et avoir une chance qu’on retrouve l’agresseur ? »

« Oui, il y a un moyen : quand vous rentrerez chez vous, vous irez à votre mairie de naissance et ensuite vous porterez plainte chez vous »

«[Phrase non prononcée mais pensée très fort] Mais votre maman a été méchante avec vous pendant votre enfance ? Vous avez été molesté par les grands du CM2 qui vous piquaient systématiquement votre goûter ? Votre vie est si pourrie que le seul sens que vous puissiez lui donner est de pourrir celle des autres ? [Phrase prononcée] Et en attendant ? Je conduis sans permis jusqu’à chez moi ? »

« Ha ben oui, je ne vois pas d’autre solution. »

« Et si je me fais arrêter, comment vais-je prouver que je me suis fait voler mes papiers ? Comment vais-je justifier que je n’ai pas mon permis sur moi ? »

« Ha ben c’est pas grave, quand vous vous faites arrêter sans votre permis, vous avez 48h pour le présenter au commissariat »

« Mais sans plainte, il ne sera pas refait dans 48h ! »

 Yelle aurait surement résumé cet échange par un poli « parle à ma main ». Je suis partie d’un trait, peut être parce que les larmes de rage m’auraient empêché de continuer d’argumenter et j’ai dit « merci, au revoir » en quittant les lieux, comme m’a appris ma maman. Avec le recul, un « Merci, connards » aurait été plus approprié. Peut être que j’aurais été arrêtée pour insulte à agent, mais ça n’est pas grave parce que je n’avais pas mes papiers, ils n’auraient donc jamais pu porter plainte contre moi.

 

—– 

Bonus : les citoyens volontaires ou comment ton voisin adepte de l’ordre et amoureux des règles à faire respecter peut te faire chier dans une gendarmerie au lieu de se contenter de te demander de tailler ton arbre qui fait de l’ombre sur sa parcelle de gazon.

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Sans-Papiers, ou ma bataille pour partir en vacances (épisode 1)

Introduction :

Période lose ces derniers temps… A tel point que le climax du weekend dernier a été de me rendre à l’hôtel Ibis de Saint-Quentin dimanche soir en vue d’une mission débutant à 6h le lendemain. La basilique était en travaux, le temps était pluvieux, le centre-ville, désert. Pour dîner, une seule brasserie est ouverte : le Golden Pub. Captivée par Usain Bolt à la TV, j’oublie mon sac à main, qui a certainement été emporté par un groupe de jeunes filles. Commencent les ennuis administratifs et l’angoisse de perdre ma semaine de vacances en Crète avec C&T.

Episode 1 : « Quelqu’un a goûté à ma soupe ! »

J’avais repéré dimanche soir, lors de mes fouilles de poubelles à deux pas du Golden Pub, un bâtiment de la Police. J’y retourne le lundi pour y déposer plainte, je découvre que cet endroit est aussi le bureau des objets trouvés, top, je vais pouvoir faire d’une pierre deux coups.

C’est le midi, les lieux sont calmes, je me fais accueillir par une grand-mère toute pomponnée derrière un comptoir d’accueil. Je lui explique les raisons de ma venue et, au lieu de me diriger vers un des bureaux du bâtiment, comme je l’imaginais, elle me demande de décrire précisément les circonstances du vol.

Ses yeux clairs derrière une paire de lunettes ovales cerclées d’or ainsi que ses pattes d’oies rassurantes me donneraient envie de m’asseoir sur ses genoux et de pleurer « maaaaamie, on m’a tout prrriiiiiis ». Mais je reste calme, j’essaie d’être factuelle et je lui raconte : « […] Mon sac est resté sans surveillance un moment, et je ne l’ai plus retrouvé ensuite ». Elle me regarde l’air mi-navré mi-condescendant et me répond du tac au tac « ha mais ça je l’ai toujours dit, mademoiselle, il ne faut JAMAIS laisser son sac sans surveillance. Il faut TOUJOURS le garder bien contre soi, sinon, forcément, vous vous le faites voler, moi je n’arrête pas de le dire aux gens ! »

L’image de la bonne mère-grand vole en éclats. Surprise d’un tel conseil inutile de la part d’une personne qui enregistre des objets perdus tous les jours et qui a l’âge de se comporter comme quelqu’un de sage, je décide de l’ignorer royalement pour gagner du temps et pouvoir continuer ma description. J’énonce : « donc mon sac contenait : un portefeuille avec mes papiers d’identité et ma carte bleue », elle me coupe d’un « ohlalalalalalalala » catastrophé, je continue « 3 jeux de clés » « moualalalala c’est pas vrai», je poursuis « des clés USB contenant des informations privées et confidentielles » « aïeaïeaïeaïeaïe », je continue d’ignorer l’étonnante richesse de son répertoire d’onomatopées et me concentre sur la suite de la description alors qu’elle se décide soudainement à taper tout ça sur son ordinateur.

C’est laborieux, « où est ce qu’ils ont mis le « u avec un accent ? Ha, le voilà ». Lettre après lettre, j’arrive à suivre ce qu’elle écrit en regardant son clavier. Je prends mon mal en patience, après tout, j’ai eu de la chance de ne pas faire la queue. La pièce est déserte et silencieuse, c’est plutôt reposant. Je me laisse bercer par le tapotement irrégulier de ses doigts plissés et manucurés enfonçant bien les touches d’un clavier hors d’âge, quand soudain retentit une étrange alarme au son grésillant et modulé. Touloulouloulouloulou !

Cette sonnerie m’est familière, pourtant, elle ne semble pas provenir du téléphone ou de la porte. Touloulouloulouloulou ! Le son se répète et voilà mon interlocutrice qui abandonne sa recherche de la « parenthèse qui ferme » pour s’emparer d’un talkie-walkie bien caché derrière le comptoir … C’était donc ça ! Elle s’excuse et porte l’appareil tout près de sa bouche, enfonce laborieusement la grosse touche sur le côté et articule « Boucle d’Or à Métisse 3, je vous reçois, à vous ». Boucle d’Or ? Métisse 3 ? Ils jouent au gendarme et au voleur ?!

Tandis que mon esprit divague à propos des conditions de réussite d’une permanente façon « Boucle d’Or » quand on a très peu de cheveux, très fins et abîmés par de nombreuses colorations, Métis 3 crachote quelque chose d’incompréhensible dans le talkie avant de finir sur un « pschhhhttttt » des plus agaçants. Boucle d’Or, qui, sous son chemisier bien amidonné, nous cache sûrement un long passé de routarde autoritaire, assure « Bien reçu, bon pour transmission, merci Métisse 3, terminé ». Alors que je pensais pouvoir achever ma description, elle s’excuse de nouveau « un instant de vous prie », décroche le téléphone filaire et annonce tout de go, sur un ton tout aussi académique que précédemment « Bonjour Paulo, je viens de recevoir une communication radio de Métisse 3, les gens du voyage ont quitté les lieux, je répète, les gens du voyage ont quitté les lieux. Une ronde sur terrain vague est demandée. » Puis elle raccroche sec.

«Bien, reprenons », me dit-elle de sa voix chevrotante, « Il y avait autre chose dans votre sac ? » « Ah, oui, ça me revient, une oreillette bluetooth » Alors que je lis la détresse dans ses yeux, j’explique « vous savez, pour le téléphone ». Elle me dit « Ah oui oui je vois très bien ». Je lis sur le clavier B, L, O, U, T, O, U, T, E. Bon, je lui épargne une leçon d’orthographe et décide que ça sera tout pour la description. Je lui demande un formulaire de plainte, elle m’indique qu’il me faudra pour cela me rendre à la Police. « Comment ça ? Je ne suis pas à la Police ? C’est écrit Police dehors ! » « Non, vous êtes à la Police Municipale, il faut vous rendre au Commissariat de Police. » Je n’ai jamais su différencier les policiers des gendarmes, ils sont tous les deux en bleu et mettent des PV, non ? 

Le Commissariat se trouve à quelques minutes de voiture et il paraît que c’est ouvert entre midi et deux. Boucle d’Or tient à me rassurer avant mon départ « Je vous appelle si l’on me ramène quoi que ce soit, vous savez, on m’apporte des objets tous les jours ! » Je la remercie, d’un air désabusé, et pour me prouver que ce qu’elle affirme est vrai, elle me désigne fièrement un morceau de pare choc tout cassé estampillé Wolkswagen, posé un peu plus loin sur un bureau : « Vous voyez, j’ai trouvé ça et j’ai le numéro d’immatriculation de la voiture qui l’a perdu, je vais pouvoir remonter jusqu’à l’identité du conducteur pour lui remettre son objet ! »

Boucle d’Or, détective des temps modernes, ramène des déchets à leurs propriétaires. Le temps qu’elle en finisse avec sa mission Oscaro, je ne suis pas prête de revoir mon sac. M’enfin, c’est parti pour le Commissariat !

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Tombée dans le bouillon

La Reine des Glaces n’a pas vraiment pris de coup de chaud cet été, pourtant, le long manteau qui l’a enrobée toute l’année fond lentement pour dévoiler peu à peu un autre personnage en sommeil. Encore engourdie d’être restée trop longtemps sous une couche glaciale, la Dame des Bouillons compte à rebours les 2 mois qui la séparent de sa sédentarisation.

Cette semaine, j’ai fait ma pré-rentrée au bureau.

Pas de nouvelle trousse Chipie pour l’occasion, pour compenser, je me suis apprêtée, ça change des tenues de combat que je revêts sur le terrain. J’ai choisi un look rock’n’roll chic accessoirisé de nombreux longs colliers, pour être à l’aise, avoir l’air sympa et relativement féminine.

J’ai toujours mes bonnes habitudes de commerciale de campagne, il m’a donc été aisé d’être sur le pied de guerre à 8 heures précises. Partons tôt tant que c’est possible, on sait tous qu’on finit par s’accorder 5 minutes de tolérance supplémentaire sur notre heure de départ. Chaque mois. Selon mes calculs, au bout d’un an, j’arriverai péniblement à 10 heures le matin.

C’est la première fois que j’allais au boulot en voiture, j’avais fière allure, arpentant le périph’ dans mes plus jolies manières de jeune cadre dynamique. J’avais pris un peu d’avance, pour anticiper les bouchons, j’ai eu beaucoup d’avance, parce qu’en période de vacances il n’y a pas de bouchons. Je suis arrivée comme une reine à l’entrée du parking de la boîte, suivie par une cohorte de collègues. La barrière ne s’est pas levée. Ha tiens, je n’ai pas de badge, c’est vrai. Qu’à cela ne tienne, j’ai appuyé sur le bouton « help », un haut parleur a grésillé, on n’entendait rien, j’ai fait comme si j’entendais, j’ai demandé à ce qu’on m’ouvre, ça a marché, ouf.

Une fois à l’accueil, j’ai compris que le monsieur des bouillons était sur le poste depuis une bonne année : il a finalement pointé son nez, une heure plus tard. Il m’a accueillie tout en saluant un à un d’autres collègues, il m’a présentée à l’une d’entre eux, dont il avait l’air proche, je lui ai fait la bise, j’ai compris ensuite qu’elle était une prestataire, intervenante très occasionnelle, et que j’aurais dû me limiter à un serrage de pince. Tant pis.

J’ai ensuite été conduite au poste, comprenez, le « poste de sécurité », pour récupérer un badge. Le molosse russe qui m’a accueillie m’a fait comprendre qu’il me fallait une photo « que vous garderez toute votre vie ». Il m’a donc prise en photo, à l’aide d’une webcam vieille comme MSN, mais il n’est visiblement pas doué en cadrage. Je lui pardonne, il m’a donné un tour de cou pour que je puisse épater tout le monde avec mon badge tout frais balançant au rythme de mes pas dans le dédale de couloirs qui m’amenait à « mon bureau ».

Le bureau. Reconnaissable entre mille. Vous vous souvenez de l’odeur de fond de veau qui me collait à la peau en décembre ? Et bien sachez que je serai capable de retrouver mon bureau les yeux bandés, rien qu’en me fiant à mon odorat. Les armoires qui délimitent ma part d’open space regorgent de viandes bouillies déshydratées et dégagent un fumet pour le moins…enivrant. Surtout le matin. Ce qui expliquerait aussi pourquoi le collègue ne se pointe pas avant d’avoir digéré son petit-déjeuner.

Ensuite, j’ai rencontré la personne que je redoutais le plus de rencontrer. Non, pas le chef des bouillons, il était en vacances. On m’a présenté « ma » stagiaire. Quelques jours plus tôt, je me délectais encore d’être passée de l’autre côté de la barrière, d’être devenue une vraie adulte qui va pouvoir prendre ses responsabilités refiler les viles besognes à plus insouciant que soi. A cette occasion, j’ai même exécuté la « danse de la stagiaire » (qui consiste à se dandiner en secouant les coudes et en chantonnant « j’ai une stagiaireuh-j’ai une stagiaireuh-hin-hin-hin ». Mais j’ai vite déchanté. Et si la stagiaire était mieux que moi ?  Et si, au contraire, c’était un boulet ? Et si je n’arrivais à rien lui déléguer du tout ? Et si je ne savais pas répondre à ses questions ? D’où mon angoisse de rencontrer « ma » stagiaire, que je n’avais même pas recrutée.

Elle s’est avancée vers moi, pas bien grande, plutôt normale, elle m’a dit « Bonjour, vous allez bien ? ». Pardon ? Vous ? Aouch. Beaucoup trop de respect pour être honnête… Est-ce que je fais vieille ? Est-ce que je fais peur ? Je me suis sentie effroyablement vieille. Ensuite, elle a remarqué que j’avais un collier de space invaders ; elle avait un bracelet pacman, et que j’avais un sautoir avec une fleur et un oiseau ; et elle avait aussi une fleur et un oiseau sur son propre collier. Si ça c’est pas un signe. On s’est souri et il m’a semblé qu’à ce moment, nous avons toutes les deux été soulagées d’un poids.

Puis, le monsieur des bouillons a entrepris de me former. Je me suis assise, on a tous les deux regardé son écran, de temps à autre il s’est retourné vers moi en articulant des mots comme « appétant », « top of mind », « to do », « on track », « charrette » et « switch ». Perdue dans ce flot de jargon que j’avais été ravie d’oublier, je me suis réveillée lorsqu’il m’a proposé qu’on « se cale un déj’ » et nous sommes partis en direction de la cantine, accompagnés des rares personnes qui travaillent après un 14 juillet, c’est-à-dire majoritairement des stagiaires.

En chemin, quelqu’un m’a demandé si j’étais en césure ou en fin d’études, j’ai répondu que j’étais en CDI, biiiiitch. Mais j’ai réalisé que j’étais sûrement plus jeune que la moitié des stagiaires et que j’allais bien ramer à construire ma crédibilité auprès des vrais CDI, ceux qui habitent en couple et ont des enfants.

A la cantoche, tout le monde a pris la pizza, je me suis jetée sur le poisson aux carottes vapeur comme une exilée qui ne se serait nourrie que de sandwiches triangles médiocres pendant des semaines. On s’est installés, personne ne savait trop de quoi parler : sujet stagiaire ou sujet CDI ? On parle afterwork en gloussant ou bébé et engagement ?

Finalement, quelqu’un a eu la bonne idée de briser la glace en demandant d’un ton racoleur : « Héééé mais dis donc vous avez regardé le dernier épisode de l’amour est dans le pré » ?

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Période de ponte

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Je rêve et puis j’oublie…

Il y a un an pile, je me trouvais au même endroit que présentement et, nuit et jour, je soupirais de désir de rejoindre Paris. La Capitale m’évoquait alors la proximité rassurante de la bande de copains, la possibilité d’y faire tout et n’importe quoi, à peu près n’importe quand, et souvent au dernier moment, l’occasion sans cesse renouvelée de découvrir un quartier dans son habit d’hiver ou d’été, aux heures diurnes ou nocturnes. La vie active, la vie surprise, la vie de consommation rapide et irréfrénée, la vie dans un climat d’émulation, la vie extrême, bref, la vie. Et même les vies.

Vivre à la fois toutes les vies dont on rêve, voilà la promesse de Paris, promesse pour laquelle j’aurais sacrifié l’attachement à mes racines ainsi que ma relativement bonne santé physique et morale. Cependant, face un nombre de possibilités flirtant avec l’infini, on finit toujours par devenir son propre ennemi en se construisant de belles grandes barrières. Routine, facilité, lassitude sont autant d’œillères qui font que les parisiens finissent par filer tout droit dans les couloirs du métro en oubliant la possibilité d’un Ailleurs et Autrement.

Très bientôt, ma mise en quarantaine au pays d’Ailleurs et Autrement va prendre fin. Comme écartée de la fête depuis un an, il est maintenant question de réinvestir le dancefloor, sobre et ankylosée, alors que tous les invités à l’intérieur sont passablement éméchés et n’arrêteront pas leur danse pour m’accueillir. Je reviens, c’est indiscutable, mais j’y vais à reculons et j’emprunterai une porte dérobée. J’aime plus Paris.

Le déplacement rapide, l’internet rapide, le déjeuner rapide, les weekends rapides, les rapides courses avant de rentrer, les files rapides pour public muni de billets, les voies rapides, la livraison rapide. Faire toujours plus en toujours moins de temps, multiplier les expériences à la hâte tant qu’il est encore temps, courir après le futur et devancer l’instant présent pour gagner du temps, calquer le mode de vie de la classe supérieure parce qu’il est hors de question d’attendre son tour. Dormir ? On verra ça quand on sera mort. Live fast and die young, tant qu’on peut optimiser son emploi du temps, on est content.

Provinciaux, rétrogrades ! Il suffit pour s’en convaincre de compter le nombre d’autochtones chaussant des Crocs. Comparé à ces pimbêches parisiennes tirées à 4 épingles qui semblent vivre dans des vitrines de prêt-à-porter, il est vrai que le provincial n’a pas bien fière allure. Mais en compagnie du provincial, je ne me sens pas obligée de parler en business franglais à tout bout de champ, je ne me sens pas ridicule dans mes vêtements de la saison passée, je ne joue plus à qui a la plus grosse, qui s’amuse le mieux, qui s’occupe de la façon la plus trendy qui soit. Je suis à l’aise avec qui je suis et je n’ai pas besoin de tricher, de faire mes preuves ou de prouver que je mérite d’être là.

Paris, on ne sait plus si l’on y habite pour pouvoir travailler ou si l’on travaille pour pouvoir y vivre. On se bat pour décrocher un emploi à Paris, parce qu’avec la crise, on n’emploie plus qu’à Paris, et encore, les postes créés sont à destination des stagiaires corvéables à merci. On y est finalement embauché et on se bat pour que son salaire soit équivalent au faramineux coût de la vie, parce qu’un jambon-beurre à moins de 8€, c’est un jambon-listeria. On obtient non sans peine un salaire décent et l’on se bat, encore, pour que son dossier soit accepté dans une agence de location de studios, parce qu’à 25 ans, la maison avec jardin (et chien), c’est pour les ploucs. Au contraire, organiser ses vies dans un espace de 20 m² mansardé, c’est faire montre d’ingéniosité et de modernité. On se bat, toujours, pour revendiquer le droit de reverser la moitié de son salaire mensuel dans un loyer, parce qu’il semble y avoir des dizaines d’émirs arabes hyper intéressés par ce même studio du 15° au dernier sans ascenseur. Il faut dire qu’à 900€, c’est plutôt une bonne affaire, la preuve : il y a plus d’une fenêtre et un espace est prévu pour y mettre une machine à laver. De qui se moque-t-on ?

Paris, cette pute de luxe, séduisante et aguicheuse, t’invite à renifler son parfum au creux de ses épaules nues, si bien que tu t’imagines que dès que tu en auras les moyens, tu vas te la taper. Et puis vient le jour où tu veux te payer une chambre dans son immense bordel, tu n’as pas le temps d’y monter qu’elle t’a déjà tiré ton larfeuille et baissé ton pantalon pour te mettre une fessée publique. Dès lors, il y a deux catégories de clients: ceux qui aiment ça, un peu masochistes, bons payeurs, et prêts à tout pour rester dans l’entourage grisant de cette femme si caractérielle. Et ceux qui chercheront toujours à jouer au plus malin et réitéreront l’expérience en restant sur leurs gardes, quitte à partir pour mieux revenir. Dans tous les cas, une fois qu’on a humé de près les effluves de poison de la Capricieuse, il semble qu’on soit condamné à ne point l’oublier.

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Allez voter, qu’y disaient

Dimanche avait lieu le premier tour des législatives. Citoyenne avertie et familiarisée au commissariat grâce aux présidentielles, ça faisait un mois que j’avais donné procuration à mon père, histoire de pouvoir vagabonder sereinement le weekend.

Il y a une semaine ou deux, j’ai commencé à voir fleurir des affiches sur les panneaux métalliques installés à cet effet. Enfin, quand on dit des affiches, celles d’un ou deux candidats. Budget limité, moindre implication des militants, impression que tout est déjà joué, il y a sûrement une raison pour expliquer le peu de comm’ des candidats. C’est en tout cas à ce moment que j’ai commencé à m’inquiéter de ne pas avoir reçu de profession de foi des candidats de ma circonscription.

Jeudi dernier, vers 17h, alors que je rentrais chez mes parents, un p’tiot à vélo jouait au facteur et distribuait les grandes enveloppes marron de maison en maison. Je me suis dit « enfin, pas trop tôt ». Je lui en ai pris 4, comme le nombre de personnes en âge de voter qui habitent chez moi, il n’a pas vérifié mon identité et je suis rentrée chez moi éplucher les tronches des would-be députés.

Dans les enveloppes, il y avait des tracts et des bulletins. Mais pas le même nombre. Ce qui signifie qu’il y avait des tracts sans bulletin. Bizarrement, ceux des « petits » partis. J’ai trouvé ce manque d’impartialité surprenant. Qui a été payé pour préparer les enveloppes ? Dans la mienne, certains tracts étaient dépliés, d’autres étaient pliés ensemble, d’autres enfin étaient repliés sur leur bulletin… Ce petit code indiquait également un parti pris au niveau de la visibilité de chaque candidat… La médiocre préparation des enveloppes menait à se demander s’il ne manquait pas des tracts.

Le même jeudi, vers 18h, j’indiquais à mon père le candidat à qui je voulais confier ma voix. Pour qu’il s’en souvienne bien, parce que bon, on se souvient autant de leurs noms que de ceux des What 4, il a plié le tract en 4 et il l’a soigneusement déposé avec ma procuration. Je suis partie sereine vendredi matin, en me disant que ma voix était entre de bonnes mains.

(Ellipse de ouf malade)

Nous sommes lundi soir, je retrouve mes parents au retour du boulot. On s’échange des nouvelles et des banalités sur la météo et, au détour d’une phrase, mon père lâche :

‘Au fait, y’avait pas ton candidat, j’ai voté pour un autre’

Un peu interloquée, mais connaissant son sens de l’humour douteux (et certainement héréditaire), je ricane comme je le fais si bien depuis mes 14 ans :

‘Hinhin, très drôôôle’

‘Non non, c’est vrai, tu m’avais donné le tract d’un candidat de la 1° circonscription, mais nous on est dans la 2° circonscription, du coup il n’y avait pas de bulletin pour ton candidat à la mairie’

‘Sans déconner ? On a eu les mauvais tracts dans les enveloppes reçues 3 jours avant ? Mais du coup tu as voté pour le même parti mais dans l’autre circonscription ou tu n’as pas voté avec ma procuration ?’

‘Ben c’est à dire qu’en arrivant à la mairie, j’ai déposé ma carte d’électeur et la procuration, et j’ai pris 2 bulletins de chaque sur la table. Et puis c’est seulement une fois dans l’isoloir, quand j’ai cherché le bulletin qui correspondait à ton tract, que je me suis rendu compte que rien ne correspondait… Mais je ne pouvais plus ne pas voter, vu que j’avais laissé la carte d’électeur et la procuration aux gens qui tenaient le bureau de vote…’

‘Alors t’as fait quoi ?’

‘Ben j’ai pas trouvé ton parti dans la 2° circonscription’

‘Ha bon ? C’est super étonnant, le maire de la ville dont fait partie notre circonscription est affilié à ce parti…’

‘Ou je sais pas, peut-être qu’il n’avait pas le même nom le parti. Du coup j’ai fait par déduction. J’ai vu que tu allais voter pour un petit parti qui n’influencerait pas grand chose, alors j’ai mis dans ton enveloppe un bulletin pour un petit parti pour pas que ça change les résultats globaux.’

A ce moment-là de la conversation, je suis atterrée. Je ne sais pas si ce qui me choque le plus est qu’il appelle cela un petit parti, qu’il considère que mon vote ne change pas grand chose ou qu’il maquille son acte sous couvert d’une logique de déduction. Je me dis quand même qu’il reste une chance pour que, par hasard, le petit parti pour lequel il ait voté soit le même que le parti pour lequel je voulais voter. Je demande :

‘Mais quel petit parti ? Tu as voté pour qui avec ma voix ?’

Ce à quoi j’ai reçu la réponse la plus jenfoutiste du monde :

‘Je sais plus.’

Fin de la discussion. Législatives 2012 : laissons sa chance au hasard.

 

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Une histoire d’ange

Aujourd’hui, j’ai eu l’impression d’avoir un ange gardien quelque part mais qu’il galérait sa race à me protéger.

Ca a commencé au réveil, ou plutôt, aux réveils. Je le sentais pas ce lundi, alors je me suis levée pour le petit déjeuner, puis je me suis recouchée. Puis je me suis levée pour prendre ma douche, puis je me suis recouchée. Puis je me suis levée pour m’habiller, et puis j’ai fait le lit, pour éviter de me recoucher, parce qu’il était plus que l’heure de partir.

J’arrive sur le parking du premier magasin, les horaires ont changé, j’ai une demi-heure d’avance. Sans ange gardien, je serais restée là à pester sur les lundis en regardant les mamies s’entasser devant la grille. Avec ange gardien, j’ai tenté l’appel à un ami la direction, de bonnes âmes m’ont laissée rentrer, la semaine a pu commencer.

Je suis sortie du magasin, il pleuvait des trombes, il faisait froid, j’avais deux appels en absence de Chef. C’est le genre de choses qui me font penser très fort aux couettes à qui je manque (il y en a plusieurs, je suis multi-lits). L’ange et moi, on a pris notre courage à quatre mains, on a rappelé, et il s’avérait que c’était une chouette nouvelle.

Chef m’a annoncé en exclu le poste que je devrais occuper en septembre. C’est un de ceux auxquels je prétendais, j’ai donc crié ma joie à travers la campagne picarde pluvieuse et puis je suis redescendue aussi vite en apprenant qu’il y avait un lot de gens-dans-ma-situation qui prenaient leurs nouvelles fonctions le 15 juin mais que de mon côté c’était toujours septembre. Le deuxième coup de massue est venue quand elle m’a dit que le fait que j’obtienne ce poste ne serait confirmé que lorsque je recevrai l’appel des ressources humaines –d’ici quelques heures. A l’heure qu’il est, je l’attends toujours.

Les visites de la matinée ont été du même genre. Je devais signer un contrat avec mon pote Michel-le-chef-de-rayon, on m’a appris en arrivant que Michel était « en arrêt pour au moins 8 semaines » (la chance, il doit être sous sa couette à l’heure qu’il est). J’en déduisais déjà que « Michel foutu, contrat dans l’c** » et j’allais repartir bredouille lorsque je suis tombée sur l’adjoint de Michel qui m’a assuré que Michel lui avait dit de signer pour lui. Banco, signe là !

Il était 13h, l’ange et moi avions été tellement efficaces qu’il ne nous restait plus qu’un magasin à visiter, alors je me suis accordée une pause-déjeuner de luxe. Jambon-beurre à la Boulangerie du Centre-Ville. Avec un éclair au café. Je voulais la tartelette aux fraises mais comme dans toutes les boulangeries, dans les menus, on n’a le droit de prendre pour dessert que les trucs les moins appétissants. Les vieux croissants raplapla, les pâtisseries baveuses ou les tartelettes destructurées (mais pas exprès).

Je venais de remonter dans ma voiture avec mon butin quand trois hommes d’une cinquantaine d’années m’ont abordée en tapant à la vitre.

Grabuge ? Fight ? Sexe ?

Trop de suspense…

Ils m’annoncent qu’ils pensent que j’ai l’air crevé. Je confirme, j’ai mal dormi… Que, quoi ? Mon pneu arrière droit est très dégonflé, j’ai crevé ? Haaaa ! Ha ? Je fais le tour de la voiture, je hoche la tête comme si je savais très bien ce qu’il fallait faire dans ce cas et je les remercie de m’avoir avertie. Ce sur quoi ils sont partis. Gentlemen

Résumons : c’est l’heure du déjeuner, je suis au milieu de nulle part, je suis crevée, j’ai crevé.

Je me rappelle que j’ai une assistance dépannage et réparations. J’appelle. La cruche au bout du fil m’assure qu’elle n’a pas de garage partenaire alentours. D’ailleurs, son logiciel ne trouve même pas le nom du bled où je me trouve. L’angoisse. Elle me conseille de rentrer chez moi, sur les essieux et sur les rotules. Réflexe de survie, j’appelle C&T. Plus efficace que la cruche, il s’avère que premier garage sur ma route est à 100 km. Allez, petit ange gardien, fais en sorte que rien n’explose d’ici 100 km !

J’arrive. Saine et sauve et avec 3 pneus et demi (ou 4 et demi en fait, je ne sais même pas si j’ai une roue de secours planquée quelque part). Le garage est fermé. Pas grave, j’ai un magasin à visiter juste de l’autre côté de la rue. Je n’aurai plus que 50 mètres à faire du parking du magasin au garage, une voiture qui a tenu 100 km tiendra bien qqes mètres de plus…

Au retour vers le garage, ces mêmes 50 mètres ont duré une éternité. Un véhicule arrêté sur la chaussée (z’avez vu comme je parle comme 107.7 FM ?) a immobilisé les automobilistes et chauffeurs routiers sur un bon kilomètre créant ainsi un bouchon infranchissable par ma petite titine dégonflée. Le garage était juste face à moi, j’ai quand même mis 15 minutes pour y accéder.

Mais quand j’ai été accueillie à l’atelier, on ne m’a même pas demandé de revenir le lendemain. Ils ont pris ma voiture, et en une heure c’était déjà réglé. Le monsieur de chez Renault m’a dit que j’avais roulé sur une vis. Les gens normaux qui crèvent leurs pneus roulent sur des clous ou du verre, moi je roule sur des vis… Et le trou était certainement plus petit qu’une pièce de 2€ (je ne connais pas grand chose en mécanique, mais je peux tout comparer à une pièce de 2€ grâce à Carglass).

Je repars du garage, je bénis le petit ange, je roule à vive allure direction la maison, au bout de quelques kilomètres, un voyant s’allume sur mon tableau de nord : « régulateur à contrôler ». Allons bon. On fera sans aujourd’hui (et probablement les 3 prochains mois). Je crois que mon ange n’avait plus de batteries…

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