Quel est ce monde dans lequel je vis ?

Ouvrez une fenêtre sur le monde et vous tomberez sur des images de cruauté. « Ne regarde pas ça » nous dit-on en commentaire sous les vidéos tournées dans des abattoirs. « Ne te préoccupe pas de ça, sinon t’as pas fini » nous dit-on sous les vidéos de massacres de populations précaires. « Ignore ça » nous dit-on face aux remarques déplacées : sexisme, racisme, homophobie. Les horreurs de ce monde, amplement partagées, ne sont jamais affrontées et n’aboutissent donc pas à une remise en cause.

Si l’on détourne les yeux de ce qui est difficile à voir, alors que regarde-t-on ? Que choisit-on d’entendre, de toucher, de sentir de ce qui nous entoure ?

Ouvrez d’autres fenêtres sur le monde et vous croulerez sous une avalanche de selfies. On se regarde le nombril, on touche sa réussite personnelle et on s’entoure de personnes qui ne nous diront que ce que l’on sait déjà et ce que l’on souhaite entendre.

Pour vivre heureux, vivons cachés ? Certainement, oui.

Quoi de plus confortable qu’être avec les siens, chez soi, en compagnie de ses possessions. Le cocon familial, les espaces bâtis à notre image et les objets-doudous.

C’est idéal de se planquer derrière ses certitudes et des faux-semblants, de se construire des paravents avec des principes et des traditions, sans toutefois vraiment les comprendre ni expliquer leur origine. Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Mais à quoi est alors réduit notre monde ? Vivre cachés des autres c’est aussi vivre en se cachant le reste. C’est vivre sans vraiment voir le monde, c’est le vivre sans curiosité, sans expérimentation. C’est accepter dans sa vie moins d’humanité, moins de compréhension et moins de solidarité. C’est vivre en parasite : naître et mourir dans des espaces qu’on exploite sans y apporter sa contribution.

Le repli sur soi est-il vraiment nécessaire pour vivre ? Pourquoi a-t-on à tout prix besoin de se protéger, de ne rien ressentir, de banaliser ce qu’on n’aurait à priori jamais toléré ? Est-ce une question de survie ? De santé mentale ? Pourquoi ne pas affronter, une bonne fois pour toutes, les choses qui nous empêchent de nous regarder dans le miroir ?

Sommes-nous fainéants, paresseux, flemmards ? Avons-nous peur des réponses qu’amèneraient nos questionnements ? Sommes-nous couards, peureux, lâches ? D’aucuns diront que nul n’est parfait et que le propre de l’homme c’est justement de ne pas être infaillible.

Je préfère penser que le propre de l’homme c’est sa capacité à s’émouvoir.

Alors je n’ai pas envie de me construire une carapace, d’être vaccinée contre les mauvaises choses et de devenir insensible. Je continuerai d’être choquée, secouée, bouleversée, chamboulée, dégoûtée, écœurée, perdue, déchirée, dans le doute. Même si c’est inconfortable, usant, épuisant, peut-être inutile. Parce que je refuse de me couper de mes sens, je refuse de porter des œillères, je refuse de faire semblant de vivre dans un monde qui n’existe pas avec pour seul horizon une petite routine égoïste.

Je veux comprendre. Et continuer d’apprendre et d’expérimenter. Je veux pouvoir interroger les choses établies et me révolter si le sujet s’y prête. Je veux pouvoir le faire dans la bienveillance, sans étiquette et sans jugement.

Pourquoi ne peut-on plus poser les questions qui dérangent après l’âge de 7 ans ? Je veux pouvoir continuer de demander pourquoi sans entendre « parce que c’est comme ça » de la part d’un « adulte » qui non seulement admet ne pas avoir la réponse mais ne s’est surtout jamais sérieusement posé la question.

Pourquoi tue-t-on les animaux par milliards pour nous nourrir ? Pourquoi envoie-t-on des gens loin de leur famille briser d’autres familles ? Pourquoi dois-je me faire accompagner quand je suis une fille qui rentre de soirée ? Pourquoi n’apprend-on pas en géographie qu’il existe un continent constitué de nos ordures à la dérive ? Pourquoi ne regarde-t-on plus les gens assis par terre dans la rue ? Pourquoi continue-t-on d’alimenter un système capitaliste auquel on ne croit pas en travaillant pour ce même système capitaliste ? Pourquoi ne vit-on pas en fonction de nos valeurs, sans concession ? Pourquoi contribue-t-on à faire des choses qui rendent les autres tristes ou pourquoi ne s’emploie-t-on pas chaque jour à les faire sourire ?

Avons-nous vraiment tellement de temps devant nous qu’aucune minute ne soit digne d’être utilisée à faire des choses durables ? Sommes-nous incapables de penser à plus long terme que la liste de course de la semaine suivante ? Connaissons-nous vraiment ce qu’ont à nous offrir les gens qui nous entourent ou nous en servons-nous juste pour contribuer à notre bonheur personnel ?

Sommes-nous conditionnés pour tranquillement accumuler de quoi survivre, aménager un nid, trouver avec qui nous accoupler et assurer notre descendance ? Avons-nous tant de temps à gaspiller pour construire un semblant de confort, nous créer une routine et des habitudes ?

Si ces questions vous semblent celles de quelqu’un qui déraille, alors vous n’avez certainement pas tort.

Je suis soulagée d’être capable de sortir de ces rails qu’on m’a posés sans me demander où je voulais aller. Je ne suis pas la brebis égarée du troupeau. Je suis la brebis qui choisit d’explorer son parcours plutôt que de se retrouver coincée entre le cul de la brebis de devant et le museau pressant de celle de derrière.

Qui m’aime ne me suive pas. Qui m’aime cherche sa voie.

 

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