Sans-Papiers, ou ma bataille pour partir en vacances (épisode 1)

Introduction :

Période lose ces derniers temps… A tel point que le climax du weekend dernier a été de me rendre à l’hôtel Ibis de Saint-Quentin dimanche soir en vue d’une mission débutant à 6h le lendemain. La basilique était en travaux, le temps était pluvieux, le centre-ville, désert. Pour dîner, une seule brasserie est ouverte : le Golden Pub. Captivée par Usain Bolt à la TV, j’oublie mon sac à main, qui a certainement été emporté par un groupe de jeunes filles. Commencent les ennuis administratifs et l’angoisse de perdre ma semaine de vacances en Crète avec C&T.

Episode 1 : « Quelqu’un a goûté à ma soupe ! »

J’avais repéré dimanche soir, lors de mes fouilles de poubelles à deux pas du Golden Pub, un bâtiment de la Police. J’y retourne le lundi pour y déposer plainte, je découvre que cet endroit est aussi le bureau des objets trouvés, top, je vais pouvoir faire d’une pierre deux coups.

C’est le midi, les lieux sont calmes, je me fais accueillir par une grand-mère toute pomponnée derrière un comptoir d’accueil. Je lui explique les raisons de ma venue et, au lieu de me diriger vers un des bureaux du bâtiment, comme je l’imaginais, elle me demande de décrire précisément les circonstances du vol.

Ses yeux clairs derrière une paire de lunettes ovales cerclées d’or ainsi que ses pattes d’oies rassurantes me donneraient envie de m’asseoir sur ses genoux et de pleurer « maaaaamie, on m’a tout prrriiiiiis ». Mais je reste calme, j’essaie d’être factuelle et je lui raconte : « […] Mon sac est resté sans surveillance un moment, et je ne l’ai plus retrouvé ensuite ». Elle me regarde l’air mi-navré mi-condescendant et me répond du tac au tac « ha mais ça je l’ai toujours dit, mademoiselle, il ne faut JAMAIS laisser son sac sans surveillance. Il faut TOUJOURS le garder bien contre soi, sinon, forcément, vous vous le faites voler, moi je n’arrête pas de le dire aux gens ! »

L’image de la bonne mère-grand vole en éclats. Surprise d’un tel conseil inutile de la part d’une personne qui enregistre des objets perdus tous les jours et qui a l’âge de se comporter comme quelqu’un de sage, je décide de l’ignorer royalement pour gagner du temps et pouvoir continuer ma description. J’énonce : « donc mon sac contenait : un portefeuille avec mes papiers d’identité et ma carte bleue », elle me coupe d’un « ohlalalalalalalala » catastrophé, je continue « 3 jeux de clés » « moualalalala c’est pas vrai», je poursuis « des clés USB contenant des informations privées et confidentielles » « aïeaïeaïeaïeaïe », je continue d’ignorer l’étonnante richesse de son répertoire d’onomatopées et me concentre sur la suite de la description alors qu’elle se décide soudainement à taper tout ça sur son ordinateur.

C’est laborieux, « où est ce qu’ils ont mis le « u avec un accent ? Ha, le voilà ». Lettre après lettre, j’arrive à suivre ce qu’elle écrit en regardant son clavier. Je prends mon mal en patience, après tout, j’ai eu de la chance de ne pas faire la queue. La pièce est déserte et silencieuse, c’est plutôt reposant. Je me laisse bercer par le tapotement irrégulier de ses doigts plissés et manucurés enfonçant bien les touches d’un clavier hors d’âge, quand soudain retentit une étrange alarme au son grésillant et modulé. Touloulouloulouloulou !

Cette sonnerie m’est familière, pourtant, elle ne semble pas provenir du téléphone ou de la porte. Touloulouloulouloulou ! Le son se répète et voilà mon interlocutrice qui abandonne sa recherche de la « parenthèse qui ferme » pour s’emparer d’un talkie-walkie bien caché derrière le comptoir … C’était donc ça ! Elle s’excuse et porte l’appareil tout près de sa bouche, enfonce laborieusement la grosse touche sur le côté et articule « Boucle d’Or à Métisse 3, je vous reçois, à vous ». Boucle d’Or ? Métisse 3 ? Ils jouent au gendarme et au voleur ?!

Tandis que mon esprit divague à propos des conditions de réussite d’une permanente façon « Boucle d’Or » quand on a très peu de cheveux, très fins et abîmés par de nombreuses colorations, Métis 3 crachote quelque chose d’incompréhensible dans le talkie avant de finir sur un « pschhhhttttt » des plus agaçants. Boucle d’Or, qui, sous son chemisier bien amidonné, nous cache sûrement un long passé de routarde autoritaire, assure « Bien reçu, bon pour transmission, merci Métisse 3, terminé ». Alors que je pensais pouvoir achever ma description, elle s’excuse de nouveau « un instant de vous prie », décroche le téléphone filaire et annonce tout de go, sur un ton tout aussi académique que précédemment « Bonjour Paulo, je viens de recevoir une communication radio de Métisse 3, les gens du voyage ont quitté les lieux, je répète, les gens du voyage ont quitté les lieux. Une ronde sur terrain vague est demandée. » Puis elle raccroche sec.

«Bien, reprenons », me dit-elle de sa voix chevrotante, « Il y avait autre chose dans votre sac ? » « Ah, oui, ça me revient, une oreillette bluetooth » Alors que je lis la détresse dans ses yeux, j’explique « vous savez, pour le téléphone ». Elle me dit « Ah oui oui je vois très bien ». Je lis sur le clavier B, L, O, U, T, O, U, T, E. Bon, je lui épargne une leçon d’orthographe et décide que ça sera tout pour la description. Je lui demande un formulaire de plainte, elle m’indique qu’il me faudra pour cela me rendre à la Police. « Comment ça ? Je ne suis pas à la Police ? C’est écrit Police dehors ! » « Non, vous êtes à la Police Municipale, il faut vous rendre au Commissariat de Police. » Je n’ai jamais su différencier les policiers des gendarmes, ils sont tous les deux en bleu et mettent des PV, non ? 

Le Commissariat se trouve à quelques minutes de voiture et il paraît que c’est ouvert entre midi et deux. Boucle d’Or tient à me rassurer avant mon départ « Je vous appelle si l’on me ramène quoi que ce soit, vous savez, on m’apporte des objets tous les jours ! » Je la remercie, d’un air désabusé, et pour me prouver que ce qu’elle affirme est vrai, elle me désigne fièrement un morceau de pare choc tout cassé estampillé Wolkswagen, posé un peu plus loin sur un bureau : « Vous voyez, j’ai trouvé ça et j’ai le numéro d’immatriculation de la voiture qui l’a perdu, je vais pouvoir remonter jusqu’à l’identité du conducteur pour lui remettre son objet ! »

Boucle d’Or, détective des temps modernes, ramène des déchets à leurs propriétaires. Le temps qu’elle en finisse avec sa mission Oscaro, je ne suis pas prête de revoir mon sac. M’enfin, c’est parti pour le Commissariat !

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