Comme un poisson dans l’eau

Aujourd’hui, je suis retournée dans mon hôtel chouchou, j’ai nommé le Westminster Hôtel and Spa du Touquet. Celui dont le « best available rate » est de 2.50€ supérieur à mon forfait hôtel. Mais je les mets sans hésitation, je crois qu’on s’habitue vite au luxe. Le luxe là-bas se résume en quelques éléments simples :

– Des tarifs exorbitants pour boire un verre, dîner dans l’un des deux restaurants (la carte de la brasserie pique les yeux et celle de du restaurant gastronomique donne le vertige) ou bénéficier d’un soin au spa. Bref, plein d’occasions pour la tripotée de gens riches de passer leur journée à bien montrer qu’ils sont riches.

Hmmm... Je n'ai pas très faim ce soir, j'hésite entre le mirco bol de potage à 12€ et le croque monsieur et sa feuille de salade à 16€...

– Du personnel partout, le petit personnel, qui ne te regarde pas dans les yeux et qui n’a pas l’autorisation de t’adresser la parole le premier et le personnel en costume / tailleur, qui abonde des tournures de phrases surprenantes de politesse. Entre le parking où j’ai garé ma Peugeot blanche et marron et la réception (une dizaine de mètres), on m’a demandé 3 fois si j’avais fait bonne route.

– Des choses modernes (le système d’ouverture des portes, la TV, l’ascenseur) qui paraissent vieilles (c’est pour le cachet) avec des matières molletonneuses dans des couleurs chaudes. Je pourrais dormir sur le sol, la tête posée contre le mur, tellement la moquette et la tapisserie sont épaisses et moelleuses (comme ma cuisse).

Un petit aperçu de ma chambre de bonne tout en moelleux...

Et si le Westminster Hôtel ans Spa est cool, c’est parce qu’il y a une piscine, un sauna et un jacuzzi en libre accès ! En 3 séjours dans cet hôtel, j’ai multiplié les oublis malheureux de maillot de bain et je n’avais donc jamais mis l’orteil dans de l’eau de luxe.

Ce soir, la quantité de boulot qu’il me restait, mon tout récent piercing et mon maillot pas fraîchement épilé me susurraient « nooooon Cynicalso, reste dans ta chambre et finis de regarder « Le jour où tout a basculé » », cette émission de France 2 qui te donne l’impression de replonger dans un bon vieux roman-photo de Notre Temps.

Et puis je me suis rendue compte que cette fois j’avais pensé à prendre mon maillot et mon ordinateur a commencé à bugger, alors j’ai mis mon maillot de bain sous mes vêtements, un peignoir dans mon sac, et je suis descendue jusqu’au niveau -1 où se trouve la piscine.

L’hôtesse du spa était occupée avec une dame Vuitton (habillée en écru de la tête aux pieds, elle aurait pu passer inaperçue dans une scène de chasse) qui réservait un soin pour deux personnes pour dans 3 semaines, quand son mari avait prévu de revenir avec elle, pour lui faire une surprise. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à la mine réjouie du mari quand il allait découvrir que son weekend « on baise dans un 4 étoiles du Touquet » allait se transformer en un weekend « reste allongé sans bouger à un mètre de ta femme recouverte d’argile ». Avec elle, il y avait un môme Burberry (doudoune et bonnet) : « Paul-Edouard, sois sage, reste près de maman ! »

A 580 boules le soin minceur, c'est ton portefeuille qui ressort tout mince...

Ensuite, c’était mon tour, j’ai demandé où était la piscine. Il y avait un panneau derrière moi qui indiquait « piscine ». Je l’avais vu, mais j’ai remarqué que les gens riches aimaient bien se faire accompagner partout par tout le monde alors j’ai voulu faire comme tout le monde. La dame m’a accompagnée dans le vestiaire, elle m’a dit en chemin « vous auriez dû descendre changée, les cabines sont petites et mixtes ». J’ai bien rigolé en m’imaginant traverser tout l’hôtel en peignoir (surtout le passage devant le bar pullulant de vieux riches lubriques) et puis j’ai dit que ça irait en découvrant une pièce de 20m² avec 2 douches, 2 cabines de toilettes, plein de lavabos, de miroirs et de serviettes, tout ça pour moi toute seule. Autant dire que je me suis graaaaave sentie à l’étroit.

Mais c’est vite passé parce qu’ensuite j’ai traversé le pédiluve (même les piscines de riches sont munies de cette abomination), gravi quelques marches et ai découvert un bassin que j’estime à 25 mètres sur 10 bordé d’une magnifique fresque représentant des riches au Touquet.

La fresque en question, qui encadre le grand bassin du spa. Non, ce n'est pas moi sur la photo 😉

Dans une pièce à côté, je pouvais déjà discerner le spa et le jacuzzi mais j’ai repensé à mon idée de me remettre au sport pour contrer l’engraissement hivernal, j’ai posé mon peignoir sur une chaise longue en teck avant de descendre les marches du bassin.

La dernière fois que j’avais descendu les marches d’un bassin, c’était dans la piscine municipale de Boulogne Billancourt. C’était donc il y a 3 ans (ne me jugez pas). Et une fois immergée, j’avais rarement la chance de pouvoir esquisser un mouvement sans avoir la désagréable impression de frôler un gros poisson (souvent une cuisse ou le haut d’une épaule).

Là, le moins qu’on puisse dire c’est que j’avais de la place… Avec autant de mètres cubes d’eau disponibles uniquement pour moi, j’ai eu envie d’y faire honneur et de me lancer dans un dos crawlé, puis je me suis souvenue que je ne nageais que la brasse et j’ai commencé des petits tours de bassin.

L’eau de riche est de température agréable, pourvu que l’on se meuve dans le bassin. Au bout de quelques mouvements, j’ai maudit Archimède. Autant dans les piscines publiques, l’eau est toujours en mouvement et il est donc normale qu’elle déborde d’un peu partout, autant là, je me rendais bien compte qu’il n’y avait que moi dans la piscine qui déplaçait des litres et des litres dans la gouttière d’écoulement.

Cinq tours dans un sens, cinq tours dans l’autre, quelques longueurs et puis j’ai commencé à manquer d’inspiration. Faire la bombe pour éclabousser partout, c’est vachement moins drôle toute seule. Alors j’ai tenté la course sous l’eau, le sautillement dans l’eau, le grand écart dans l’eau et puis j’ai regardé le plafond et j’ai prié pour qu’il n’y ait pas de caméra de surveillance…

Comme à mon habitude en sortant de l’eau, j’ai pensé à Halle Berry dans James Bond et, comme à mon habitude en sortant de l’eau, je devais plutôt ressembler à madame hippopotame qui se hisse hors de la mare.

Me voici dans la pièce du jacuzzi et du spa. Le spa est immense, il occupe la moitié de la pièce. J’en ai testé un seul dans ma vie, en décembre, avec mon C&T et j’ai plutôt aimé alors j’ai très envie de reessayer. J’entre dans la pièce en m’attendant à une fournaise et, déception, c’est tout froid ! Je me balade parmi les bancs et me rend compte que les petites pierres qui d’habitude sont brûlantes sont toutes froides….

Comment on allume un spa ?

Je fais le tour du spa, je ne vois pas de silex, pas de briquet, pas de thermostat. J’essaie quand même de retourner le sablier accroché au mur mais visiblement, c’était juste un sablier qui faisait sablier. Et puis à l’extérieur, un peu plus loin, il y a une grosse boîte en teck de la taille d’un compteur électrique avec un interrupteur à poussoir dessus. En l’absence d’instructions ou d’explications, vous auriez fait comme moi, ne niez pas.

J’ai appuyé. Pour voir. Et puis je me suis mise dans une situation d’alerte : oreille tendue, regard myope concentré, j’ai scruté les alentours à la recherche d’une modification de l’environnement. Vainement. Déçue du manque de réactivité du spa, j’ai snobé le jacuzzi en me disant que ça devait être plein de microbes un petit volume d’eau toute chaude comme ça et puis je m’en suis retournée à la piscine.

Je recommençais mes petits tours de piscine en me faisant la réflexion que j’avais vraiment de la chance d’être toute seule, parce qu’il aurait suffit qu’une seule autre personne débarque pour que tout ce fragile équilibre soit chamboulé. Un homme et je me serais sentie proie sexuelle, une femme et je me serais sentie en compétition pour le titre de mieux gaulée et plus sportive.

Et puis j’ai tourné la tête et il s’est avéré que je n’étais pas seule. Une dame de service était affairée dans la pièce voisine. Haaaaa mais c’est donc à ça que servait cet interrupteur ? A appeler le personnel ? En tout cas elle a garni tout le mobilier en teck de grandes serviettes duveteuses soigneusement pliées et elle est partie sans piper mot. Je crois que c’est un autre critère de luxe, le nombre de mètres carrés de serviettes propres disponible par personne.

Je me suis assurée que la dame était bien repartie et puis je suis retournée dans la pièce du spa pour voir si jamais elle n’aurait pas allumé les petites pierres pour moi… Re-déception. Mais cette fois j’avais fait assez de longueurs pour m’accorder une pause jacuzzi alors je l’ai regardé un peu dubitative (quels microbes je vais chopper là dedans ?) et j’ai fini par m’y glisser à tâtons.

L’eau était bien plus chaude que celle de la piscine et c’était déjà très agréable, je m’y suis posée comme ça quelques temps, le regard dans le vide, jusqu’à ce que je me rende compte que j’étais installée à côté du centre de contrôle du jacuzzi, c’est-à-dire trois gros boutons aux légendes mystérieuses (on aurait dit des noms de meubles Ikea).

J’ai appuyé sur le premier et il ne s’est rien passé. Je me suis dit, le spa est cassé, tant pis. Et puis j’ai attendu un peu et j’ai appuyé sur un second bouton. Rien n’a démarré alors j’ai appuyé sur tous les boutons et certains sont restés bloqués appuyés. Des petites bulles sont arrivées sous l’eau (non, je vous vois venir, je n’ai pas pété) alors je me suis remise confortablement sur le siège du spa et j’ai laissé les bulles me chatouiller en regardant la surface de l’eau.

Les bulles sont brusquement devenus bouillons, voire gros gros bouillons, voire énormes bouillons effrayants qui créent de la mousse comme si on avait vidé une bouteille de gel douche dans le bazar, qui débordent de partout comme si le jacuzzi allait entièrement se vider et qui me donnaient l’impression du déchaînement de Poséïdon (et dans ce cas il devait être super en colère).

Je me suis dit, panique pas, débloque les boutons. J’ai réappuyé sur tous les boutons pendant quelques minutes, alternativement ou simultanément, dans l’ordre alphabétique et puis dans l’ordre des aiguilles d’une montre. Comme ça ne changeait strictement rien et que malgré les 5 minutes de remue ménage dans le jacuzzi je n’avais pas encore provoqué d’inondation, je me suis replongée dans mes pensées en matant les bouillons.

C’est l’arrêt des bouillons quelques minutes plus tard qui m’a prise au dépourvu. Quoi ? C’est déjà fini ? Hop, je rappuie sur tous les boutons et c’est reparti pour un tour… Je crois qu’à ce moment là je ne pensais plus du tout au nid à microbes dans lequel je baignais, uniquement à des petites licornes faisant du toboggan sur des arcs-en-ciel et ces moments deviennent si rares que j’ai appuyé deux ou trois fois sur les trois boutons pour m’en réinjecter une dose.

Et puis il y a un moment où il a bien fallu sortir de l’eau pour aller bosser. La petite dame de service avait disposé des tapis de bain du pédiluve jusqu’aux vestiaires, uniquement pour moi ! J’ai bien pris soin de marcher dessus pour honorer son travail, je me suis changée, je suis remontée dans ma chambre, je me suis mise en DSK (comprendre, j’ai enfilé un peignoir) et je me suis tapé un bon gros riz au lait de 500 grammes pour me récompenser de mes efforts de lutte contre l’engraissement hivernal.

Le riz au lait c'est un peu comme de la cervelle, mais en bon.

A l’heure où j’écris cette note, croyez-le ou non, la femme de chambre est venue taper à ma porte, j’ai tardé à ouvrir pensant qu’il s’agissait d’une erreur, elle a fait quelques pas dans ma chambre, m’a surprise en peignoir (j’ai eu le temps de planquer mon riz au lait) et m’a demandé… Si je voulais des serviettes propres dans la salle de bains ! Je crois que je suis tombée sur une détraquée de la serviette…

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3 commentaires pour Comme un poisson dans l’eau

  1. djhow dit :

    Dis, tu m’emmènes quand au Touquet ?

  2. Ping : Interlude dans le fabuleux récit de ma lutte pour ma lutte de sans-papiers (qui n’est point achevée) |

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