The Flunch Chronicles

Le temps se fait sombre et tempétueux, comme mon état d’esprit actuel. A l’approche de Noël, n’avoir personne avec qui partager l’ambiance des fêtes me fait me sentir deux fois plus seule sur la route. C’est bête « deux fois plus seule » ; si je pouvais être deux fois seule,  on serait deux. Parfois, pour avoir l’impression d’être entourée, je déjeûne dans un lieu du type « chaîne de restauration en libre service », plus communément appelé Flunch. Au Flunch, il y a des légumes et des obèses. Des obèses, et plus précisément des futurs obèses, en surnombre le mercredi : des futurs obèses qui nagent bruyamment dans des piscines de boules en plastique, des futurs obèses qui pleurent parce qu’ils n’ont pas eu le bon jouet en cadeau, des futurs obèses qui hurlent parce qu’on leur a refusé de se resservir en frites. Pour le coup, moi qui suis habituée au doux grésillement de la FM tout au long de la journée, j’en prends assez dans les tympans pour être guérie de ma solitude pendant quelques heures.

En théroie, le Flunch c’est l’ambition d’éduquer les futurs obèses au goût à moindre coût. Dans les faits, il y a des mamans qui apprennent à leur petite fille à tremper leurs frites dans le ketchup puis dans la mayo avant de les manger avec les doigts. « Non Kimberley, attends, tu as oublié de double-tremper ta frite, maman va t’aider ! ». Dans les faits; les menus enfant sont composés de jambon gras ou de knackis ou de steack hâché ou de résidus de poisson pânés et, dans le buffet à volonté, on trouve une bien grande variété de légumes : bien entendu les frites, mais aussi les pommes de terre rissolées, les pommes duchesse, le gratin ou encore la purée. La fête de la patate sous toutes ses formes. Ca laisse tout juste la place pour un bac de pois-carottes et un autre pour les épinards. J’imagine que pour un futur obèse élevé au Flunch, les choix alimentaires se résument à « de délicieuses frites dorées et croustillantes, bien salées » ou « d’abjects épinards filasses à moitié décongelés ». Dur de faire le bon choix dans de telles conditions.

Mais assez critiqué le Flunch, mon unique lieu de convivialité hebdomadaire. Je dis hebdomadaire parce que sans y prendre garde, j’y ai déjeuné une fois par semaine ces derniers temps. J’ai dû regarder la réalité en face lorsque je suis devenue Mayor du Flunch de Noyelles-Godault. Après mon second check-in. Ca m’a tellement mis les boules que je n’ai pas eu besoin de tester le menu Spécial Fêtes pour être dans l’ambiance de Noël. Mais quitte à être mayor, j’ai voulu profiter de la special offer Foursquare : un jeton pour le café gratuit ! Chance ! A la caisse, je présente l’écran de mon téléphone affichant l’offre promotionnelle, sous les yeux dubitatifs de l’hôtesse « Y’a pas de code barre ! » « Non, c’est une offre Foursquare, il n’y a jamais de code barre » « Chez nous pour le café gratuit, ‘faut un code barre ! D’abord c’est quoi ce site c’est un site de promos ? » (Moi, renonçant à éduquer cette pauvre dame) « En quelque sorte oui, mais bon si ça ne marche pas, tant pis hein ça n’est qu’un café… » « ‘Tendez j’vais voir ma chef voir si elle a l’code barre » Elle me laisse en plan devant la caisse, en proie à une douzaine de personnes hostiles faisant la queue pour payer leur repas et me tenant déjà responsable de leur retard au buffet des frites à volonté. Ahem. « Bon c’est bon v’là vot’ jeton » m’annonce-t-elle à son retour « mais y font des promos qu’y nous tiennent même pas au courant qu’ça existe… »  C’est pas faux.

Ragaillardie à l’idée de mon futur café gratuit, je profite que la vague des affamés de midi  trente ne soit pas encore arrivée pour me trouver une place confortable près de la baie vitrée, d’où on a la meilleure vue sur… le parking détrempé par l’orage. Je laisse à ma place mon manteau, mon plateau, surtout pas mon sac à main et je vais chercher mon steack XL auprès du cuistot qui ne prend même plus la peine de me demander la cuisson de ma viande. Nous sommes arrivés à un degré d’intimité insoupçonné, à tel point que je me permets de lui faire remarquer que la galette de viance congelée qu’il a sortie n’est pas un steack XL mais un steack simple. « Autant pour moi » me répond-il (ça s’écrit bien « Au temps pour moi », mais je suis sure de l’avoir entendu prononcer « Autant pour moi »). Je récupère mon steack XL bien cramé à l’extérieur et encore congelé à l’intérieur, je jette un coup d’oeil vers mon plateau, animée d’une angoisse inextinguible depuis l’histoire de la tartelette aux fraises et puis, puisqu’il ne semble ne rien y manquer, je vais un peu plus sereinement me servir de la purée et des pois-carottes.

Surprise à mon retour, ma table est occupée. Face à moi, Robert, encore tout emmitouflé, joue avec le porte-clé représentant un 33 tonnes attaché à sa petite sacoche achetée sur le marché à des chinois. Je fais comme si de rien n’était, le salue et je m’installe pour déjeuner. « Je vous dérange pas ? » Je remarque alors que pour tout repas, il n’a qu’un quart rosé et un verre à pied. « Non pas du tout » dis-je en espérant qu’il ne prenne pas ma réponse pour une invitation à me raconter ses malheurs. « Non parce que je reste pas longtemps je vais reprendre la route. » Après deux ou trois p’tits verres, on ne peut rêver mieux pour la sécurité routière (oui c’est la meuf qui se plante dans des barrières de sécurité qui dit ça). Effectivement, après avoir fini son verre cul sec, il s’en va en prenant soin de débarasser sa table, chose assez rare pour être notée. Je décide alors d’aller me resservir en légumes. Oui, en petits pois carottes, pas en frites. C’était sans compter sur l’heure de pointe du buffet. 5 bacs de frites, que tu peux apercevoir de loin mais que tu ne peux pas approcher. Futurs obèses comme obèses font blocus devant les bacs qui se vident à la vitesse des éclairs déchirant le ciel de l’autre côté de la baie vitrée. Il y a la même queue devant les bacs vides. Ce sont des queues de parieurs. Des gens qui prient pour que ce bac vide soit remplacé par un bac tout neuf de frites toutes fraîches. Et là, ils seront les premiers à plonger victorieusement leur pince à frites dans ce délice croustillant. Mais c’est quitte ou double. La dame des cuisines peut tout autant apporter les abjects épinards filandreux à peine décongelés dont ils se sentiront obligés de se servir un tout petit peu, juste pour faire croire que c’est tout à fait ce qu’ils voulaient. Avant de retourner se resservir en frites.

Avec tout ce remue-ménage, je n’ai jamais atteint le bac de pois-carottes. Il avait disparu entre deux services. Qu’à celà ne tienne, de toutes façons la fin d’année sera difficile. Mon prochain pari : garder assez de place pour la bûche de Noël en passant préalablement 3 jours à Strasbourg. Bretzels, pain d’épices, choucroutes, pour les connaisseurs, il y a un dîner à la maison Kammerzell de prévu !

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2 commentaires pour The Flunch Chronicles

  1. Si j’étais éditeur, je te publierais. Ca déborde de talent, tes chroniques.

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