On the (battle)field

Lundi et mardi j’avais rendez-vous avec Don-d’Allah, mon prédécesseur, pour faire mes premiers pas sur le terrain. Il y a beaucoup à dire et je vais essayer de ne pas trop m’éparpiller en retraçant chronologiquement les péripéties de mes débuts.

JOUR 1

7h : Je suis debout. J’ai veillé jusque 2h pour terminer ma précédente note et je suis réveillée depuis 5h, heure à laquelle mon frère a laissé sonner son réveil dans la chambre d’à côté, c’est ballot. Don-d’Allah doit venir me chercher à 8h, j’ai donc une heure pour me préparer, faire mon sac, prendre un petit déjeuner. C’est faisable. Mon moral vacille entre le « plus jamais tu ne pourras appuyer sur snooze ma pauvre fille » et le « bon allez force toi à avaler quelque chose ça devrait t’éviter le coup de barre du milieu de matinée ».

7h09 : Message de Don-d’Allah, une demie-heure de retard annoncé. Pas assez pour commencer quelque chose (exemple pris au hasard : se rendormir), je traîne donc devant mes flux RSS.

8h15 : Appel de Don-d’Allah. Son GPS ne trouve pas mon adresse (ce qui ne m’étonne qu’à moitié à vrai dire), il me demande quelques directions et je déduis qu’il ne sera pas là avant 8h45. Je me lisse donc les cheveux, il faut vraiment que j’aie du temps à tuer.

9h : Je grimpe dans la voiture et on file vers Troupaumé. Durant le trajet on fait un peu connaissance (non, il n’a pas de bec-de-lièvre), je baille beaucoup, je check-in sur foursquare et il me raconte comment ce magasin il est trop bien. Chouette, j’ai hâte, je suis enthousiaste (no irony inside).

tableau de bord, clio 3, chef de secteur, voiture de fonction

9h30 : On se présente à l’accueil du magasin de Troupaumé. Don-d’Allah tape un check aux directeurs et lui présente « la personne qui va le remplacer » = moi. Je me fends de mon plus beau sourire de jeune commerciale dynamique et lance un « Bonjour, moi c’est Cynicalso, c’est moi qui vais passer pour faire le point dans votre magasin désormais. » et à ce moment-là je m’attends à peu près à tout. Don-d’Allah m’a dit que les gens de ce magasin étaient sympathiques… Ils vont sûrement me dire bonjour et me souhaiter la bienvenue. Peut-être même me poser quelques questions pour savoir d’où je viens. Mais bon je suis nouvelle, j’aurais vraisemblablement juste un bonjour rapide jusqu’à ce que je fasse mes preuves. Ou alors ils vont en profiter pour me tester à coup d’humour douteux ou encore tenter de gratter du budget auprès d’une frêle commerciale encore innocente et sans défenses. Au lieu de tout ça, les directeurs m’ignorent complètement. Ma main reste tendue en l’air deux secondes, le temps que je me rende compte que je viens d’encaisser mon premier vent royal. Et ils enchaînent : « Oh non ça alors Don-d’Allah, tu nous abandonne déjà ? C’est quand ton départ, pas tout de suite j’espère ? Mais tu pars où ? Tu vas repasser nous voir ? »… OK, remplacer Don-d’Allah, ça va être encore plus dur que je ne le pensais. On fait un tour en magasin, on croise 5 ou 6 chefs de rayon, la même anecdote s’est reproduite à chaque fois. Hommes ou femmes, jeunes ou vieux, air acariâtre ou bienveillant, je n’ai pas reçu un seul bonjour, ni même un regard. Bonne nouvelle, ma cape d’invisibilité fonctionne à merveille !

demotivational, cape, invisibilité, harry potter

9h45 : On commence les relevés des produits présents en rayons. Je me dis que je vais être super efficace, après tout il suffit juste de lire les références sur le logiciel et de vérifier qu’il y a au moins un produit ou son étiquette prix qui correspond en rayon. On est censés faire deux magasins dans la matinée, ça me motive : plus je vais vite, plus je finis tôt.

13h : Déjà 13h ? Non je plaisante, j’ai faim depuis 11h30, je sais bien qu’il est 13h. Je n’aurais jamais pensé mettre autant de temps à chercher après des produits dans des rayons. Dire que je pestais quand je faisais trois fois le tour de mon Franprix pour ne pas trouver la levure de boulanger. Le bon côté des choses, c’est que je viens de battre mon record de temps passé dans un supermarché, je peux appeler Barry de l’Eté de Tous les Records.

13h05 : On ressort, dans la même indifférence, en ce qui me concerne. Don-d’Allah est à la limite de claquer une bise au personnel, qui est lui-même à la limite d’avoir les larmes aux yeux. ‘Va vraiment falloir s’accrocher. La seconde visite de la matinée est annulée, vue l’heure. Don-d’Allah m’annonce jovialement qu’on ne mangera pas, puisqu’il fait ramadan. Comment ? Je viens de passer 3 heures à mater de la bouffe en crevant la dalle et je n’ai pas le droit à un casse-croûte ? Je manque de m’évanouir et devant ma mine pitoyable, Don-d’Allah m’emmène rejoindre deux autres membres de l’équipe pour que je déjeûne avec eux.

14h : Je rencontre Norma et Blondinet. (Les prénoms sont toujours changés dans mon grand souci d’anonymat et de private jokes). Comme Don-d’Allah, Blondinet est en costard et chaussures cirées. Ca ne me choquait pas. Comme mon slim marron/tunique/tennis ne me choquaient pas non plus. Je me demandais un peu si parfois il faudrait que je mette un tailleur (encore fallût-il que j’en eusse un) en espérant secrètement qu’en tant que fille, tout pourrait passer (sauf peut-être mes t-shirts de concert et mon joli t-shirt jaune Marvel comics). Norma est en tailleur. Mon monde vestimentaire vacille sous mes pieds, la réalité me frappe de plein fouet : j’ai l’air de rien dans mes fringues passe-partout. (Non, pas le nain). Nota bene : s’acheter une crédibilité visuelle.

suit, costume, entretien, crédibilité

16h30 : Après une galette presque pas garnie à 8€ (dites donc, je pensais que la province c’était pas cher ?) et une heure de formation sur un premier logiciel pendant laquelle je piquais irrépressiblement du nez (et je suis mauvaise pour cacher ça), Don-d’Allah me ramène à la maison. Il était temps, je m’écroule et roupille une heure. Épuisante première journée. A mon réveil, une petite voix à l’intérieur de moi a envie de crier « je veux pas y retourner, ils sont méchants avec moi ! » mais ce n’est pas déjà le moment de pleurnicher, je me dis qu’il est encore temps de rectifier le tir et de faire mieux demain.

JOUR 2

7h30 : Seulement le deuxième jour et je recule mon réveil. Une vieille mauvaise habitude de stagiaire. Vous savez le coup du premier jour où on a 15 minutes d’avance, puis petit à petit on perd 5 minutes jusqu’à arriver au bureau vers 10h/10h30 les mauvais jours ? Bon, cette fois c’est différent, je sens que je vais me lever de plus en plus tôt dans l’année. Donc je profite encore de pouvoir me lever après le soleil. Et puis Don-d’Allah doit arriver à 8h30, je suis laaarge.

7h48 : Message de Don-d’Allah, une heure de retard annoncé. Décidément, il n’y a pas que moi qui applique le coup du retard incrémental. Soit disant des soucis administratifs à régler, moi je pense plutôt qu’il fête l’Aïd à coups de petit déj’ de champion, enfin, ça ne me dérange pas, je passe davantage de temps en tête à tête avec mon bol de céréales et je lis plein de tweets sur mon smartphone.

8h50 : Nouveau message de Don-d’Allah, mon sens aigu de la prémonition m’indique que ce n’est pas bon signe niveau horaires. En effet, il vient seulement de finir sa harcha et ses sfenj sortir de son rendez-vous, il arrive « au plus vite ».

10h : Je retrouve Don-d’Allah. Je me dis que zut, vu qu’on a 2 magasins de prévus et 3 logiciels à expliquer, la journée s’annonce longue. J’ai pas envie de rentrer à 19h. Visiblement, lui non plus. « Tu sais, je dois retourner manger des bahlawa, kaak wajdi et autres makroutes régler mes soucis administratifs cet après-midi, du coup on ne va faire qu’un magasin, mais on va le faire bien ». Je lui dis qu’il a bien raison, que je ferais bien une sieste c’est important l’administratif, qu’il ne faut pas laisser traîner. En vrai, je m’inquiète un peu de prendre du retard par rapport aux autres qui visitent plein de magasins et apprennent des tas de choses sur les logiciels. Mais bon, une sieste quoi… On dira que je prends de l’avance niveau sommeil.

sieste, sommeil, mariage, dodo

10h45 : Arrivée dans le magasin de Bledperdu. A l’accueil, le directeur me dit « bonjour, je vais te donner du scotch, j’ai de l’affichage à faire en rayons ». J’arbore un sourire radieux : il m’a parlé ! Je comprends ensuite que je viens d’être victime d’une blague du type « oh c’est la nouvelle, on va en faire notre larbin et lui mener la vie dure ». Pas grave, il m’a presque regardée !

11h : Relevés en rayon. Je suis plus rapide que la veille, ça me rassure un poil. Mais je galère toujours autant à trouver la graisse à frites. Non mais sérieusement, qui sait où ça se range la graisse à frites ?

12h50 : Je suis chez moi. La journée la plus courte du monde des chefs de secteur. J’ai quand même besoin de deux heures de sieste. Appelez-moi La Marmotte, le rythme va être difficile à prendre. Je fais de beaux rêves, après tout, le directeur de magasin m’a parlé.

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3 commentaires pour On the (battle)field

  1. Excellent post, même si le contenu n’est pas super réjouissant. Il faut du temps pour prendre tes marques. Courage Nudi!!

  2. Ping : De grands gamins… |

  3. Ping : Interlude dans le fabuleux récit de ma lutte pour ma lutte de sans-papiers (qui n’est point achevée) |

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