Non, il n’y a pas d’erreur dans le titre ; je roule dans le Nord, pas en Amérique du Nord. L’A26 c’est un peu mon allée de jardin, j’y passe régulièrement et ce qu’il y a autour, ce sont des terres qui m’appartiennent. Ou auxquelles j’appartiens, c’est selon. [moment glauque] Si je meurs sur la route, enterrez-moi sur l’aire d’Urvillers. [/moment glauque] L’aire d’Urvillers, c’est une station Total accueillante, 10 pompes à essence rien que pour les voitures, 2 pour les camions, du personnel aimable qui ne manque jamais de proposer la promotion de la semaine sur le liquide lave-glace assorti d’un paquet de lingettes à 50%, un large choix de sandwiches triangles bien frais et la possibilité de faire une pause-pipi dans des toilettes où il y a toujours du savon dans les pousse-mousse. L’aire d’Urvillers, c’est comme chez moi, à une heure de chez moi. Une oasis de plaisir, un havre de paix, le paradis sur la route.

Tout le contraire quelques kilomètres plus loin, à proximité de Laon. La première fois que j’y suis passée, vers 7h du mat’ en semaine, mes narines m’ont alertée d’une odeur suspecte, quoique familière. Tiens, c’est marrant, ça sent la soupe à l’oignon. Peut-être qu’un carton de soupe a explosé dans le coffre ? Impossible, ça fait 100 km que je roule à la même vitesse de croisière (134 km/h, c’est psychologique, c’est au-dessus des 130 réglementaires, mais pas trop non plus, genre je suis pas une psychopathe de la route). Mon odorat me jouerait-il des tours ? C’est persistant tout de même… Et puis, je me suis brossé les dents avant de partir. Hallucination olfactive ? Aucune idée… Réflexe geek, je tape “A26 oignon” sur google, des fois que, comme la dame blanche du bord des routes de forêt la nuit, ce phénomène se reproduise auprès d’autres conducteurs surmenés mal réveillés. J’apprends qu’il existe une plantation d’oignons aux abords de l’autoroute, et que leur odeur se répand en permanence à quelques kilomètres à la ronde. Note pour plus tard : ne pas chercher à devenir propriétaire près de Laon.

La route, avec ou sans oignons, je pensais que ça allait être ma hantise. Ca l’a été. Comment je fais si je me trompe de voie au péage et que les barrières ne se lèvent pas ? Et si je suis trop loin de la petite machine pour le ticket, je fais quoi ? Comment je fais pour faire le plein ? Est-ce qu’on doit bouger de la pompe avant ou après avoir payé son plein au guichet ? La pompe est à gauche, mon bouchon de réservoir à droite, y’a pas comme un blème là ? Pourquoi on me klaxonne ? Ha, c’était un sens interdit ? Mon GPS m’a pourtant indiqué de tourner là. Par où je vais si mon GPS ne trouve plus d’itinéraire ? Est-ce que je peux dépasser ce tracteur sans rentrer dans le camion qui vient en face ? Merde, le téléphone sonne, où est mon kit mains libres ? Quelle voie je prends pour aller tout droit à ce carrefour ? C’était quoi cet appel de phares ?
Et puis finalement, la route, je l’apprivoise. Bon je suis toujours un peu en stress sur le niveau d’essence et je fais le plein tous les deux jours maximum. Au cas où je ne trouverais plus de station Total au cours des 300 km suivants. C’est la Picardie hein, on roule plus à la betterave qu’au diesel. Mais, partout où je me faisais toute petite avant, je m’impose maintenant.
J’annonce sans vergogne le numéro de la pompe, je tape le code confidentiel et le kilométrage aussi rapidement que si l’on me demandait ma date de naissance, je m’arrête moins d’une demie seconde pour récupérer le ticket du péage, toujours pile à la bonne distance de la machine, j’appelle moi-même le garage pour me faire monter des pneus-neige comme si j’avais fait ça tous les hivers de ma vie, je dis merde au GPS quand je sens qu’il me mène en bateau, je connais les directions à suivre, je ne m’endors plus au volant la nuit, je supporte même très bien d’écouter les infos à la radio en boucle. Je crois que c’est le métier qui rentre.
Mais je crois aussi qu’il rentre un peu trop profond… (Esprits mal tournés, je vous ai compris). Je ne respecte plus les limites de vitesse, je m’impatiente quand je suis derrière un conducteur lent, je téléphone au volant, je mange au volant, j’écris des sms au volant, je tape “A26 oignon” sur mon smartphone au volant, je bois (du Coca) au volant, je cherche des trucs sous mes sièges au volant, je dépasse tout le monde, je coupe les ronds-point en troisième, je fais des queues de poisson, je me gare mal, je ne mets plus de sous dans les parcmètres, je grille des stops, je passe à l’orange, je klaxonne quand on m’emmerde, je maîtrise les appels de phares quand on me fait chier la nuit, je suis à deux doigts de jurer comme une charretière. La route, c’est chez moi, et si t’es pas content t’as qu’à rester chez toi ! Tout ça avec tous les points sur mon permis et sans contravention s’il vous plaît…
Une petite voix me susurre de ne pas me réjouir trop vite…

Wahou, je suis assez jalouse de ta nouvelle “road cred”: tu parles comme un vieil habitué de l’asphalte, c’est assez classe. Mais effectivement, fais bien attention à toi! Shopi attendra. Courage pour la fin de semaine!